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	<title>Des nouvelles</title>
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	<description>Ici nous publions des histoires.</description>
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		<title>Des nouvelles</title>
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		<title>Tiens, voil&#224; le Rital</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Nouvelle in&#233;dite &#224; l'occasion du Ray's Day 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiens, voil&#224; le Rital &#169; 2025 by Fr&#233;d&#233;ric Urbain ; licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?nouvelles" rel="directory"&gt;Nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Attends, tu es en train de me dire que ton p&#232;re, mon pote que je connaissais depuis quarante ans, &#233;tait un menteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, pas un menteur, un mythomane tout au plus. Attends, je te raconte ce que j'ai pu reconstituer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant son service militaire, on le faisait encore en ce temps-l&#224;, il tombe sur un bouquin oubli&#233; par un autre troufion qui avait fini son temps. Une m&#233;thode Assimil. Sans trop r&#233;fl&#233;chir, il la met dans son sac. Surtout pour &#233;viter que &#231;a tra&#238;ne et que le mar&#233;chal des logis fasse une crise pendant sa tourn&#233;e d'inspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus, il part faire une garde. Il craint de s'endormir alors il sort le bouquin. Il n'a que &#231;a &#224; lire. C'est une m&#233;thode d'italien. Va pour l'Italien. Au fur et &#224; mesure, il y prend go&#251;t. D&#232;s qu'il a cinq minutes, il potasse et il progresse. Quand il est lib&#233;r&#233; des obligations militaires, il se paie une petite r&#233;compense, un voyage. Rome. Il prend une claque, il adore. Il retourne souvent dans le pays. Il commence &#224; bien parler la langue. On lui trouve un dr&#244;le d'accent. Quand il prend ses vacances dans les Pouilles, il explique qu'il vient de Milan. En Toscane il se dit V&#233;nitien. Il s'en tire toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France il se met &#224; se faire passer pour un Italien. Il se trouve confront&#233; &#224; la x&#233;nophobie de ses propres compatriotes. On le traite de rital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, moi le premier ! Quand il passait la porte du troquet, je disais &#171; Tiens, voil&#224; le Rital ! &#187;. C'&#233;tait un surnom affectueux, pas une injure. J'ai lu Cavanna, c'est pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, t'inqui&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et &#224; un moment il franchit une &#233;tape. Il se fait embaucher dans une boite et demande &#224; utiliser un pseudonyme, qu'il choisit &#224; consonance italienne. Administrativement il reste, bien entendu, citoyen fran&#231;ais. Son contrat de travail, ses fiches de paie, ses cotisations, sont &#224; son nom fran&#231;ais, mais ses coll&#232;gues ne le connaissent que sous son identit&#233; transalpine. Il est consciencieux, il travaille bien, la patronne ne trouve pas d'inconv&#233;nient &#224; cette petite coquetterie et &#231;a dure comme &#231;a. Il parvient m&#234;me, j'ignore comment parce que &#231;a n'a pas l'air si simple, &#224; faire inscrire son nom d'usage sur ses papiers d'identit&#233;, comme une rock-star. Cependant, jamais il ne songe &#224; s'installer l&#224;-bas, curieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il rencontre une femme &#8212; ma m&#232;re &#8212; et se pr&#233;sente &#224; elle comme italien. Quand elle lui apprend sa grossesse, il panique, rompt la relation du jour au lendemain, principalement pour ne pas devoir d&#233;voiler son vrai nom et le transmettre &#224; l'enfant. Il lui donne de l'argent pour contribuer &#224; mon &#233;ducation. M&#234;me pour &#231;a il trouve une astuce : il fait des petits boulots chez des gens et leur demande de ne pas mettre d'ordre &#224; leur ch&#232;que, qu'il envoie &#224; ma m&#232;re. Mais elle, qui n'a obtenu aucune explication, lui en veut et coupe les ponts. Elle se met en m&#233;nage avec un autre homme, qui l'&#233;pouse, qui m'adopte &#8212; je porte son nom, moi aussi quelque part j'ai une fausse identit&#233;. Tous deux d&#233;cident de m'informer &#224; l'adolescence, sans bien entendu mentionner la supercherie, qui leur reste inconnue. Je ne peux pas dire que &#231;a n'a pas eu d'impact sur moi : j'ai fait Italien premi&#232;re langue, persuad&#233; de renouer avec mes origines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un jour, bien plus tard, je me rends compte que j'ai envie de savoir qui est mon g&#233;niteur. Maintenant, on a Internet, personne ne peut vivre compl&#232;tement cach&#233;. Je me lance dans une enqu&#234;te, je fouille, je cherche. Je me dis qu'il est peut-&#234;tre rentr&#233; en Italie, j'&#233;largis le p&#233;rim&#232;tre. Finalement, je le trouve &#224; deux pas de chez moi, parce qu'un couillon de coll&#232;gue a publi&#233; une photo sur Facebook &#224; l'occasion de son d&#233;part en retraite &#8212; tr&#232;s probablement sans son accord. J'y vais, nous nous voyons, nous discutons. Il est assez avare d'explications mais il est content de me conna&#238;tre et il parle assez librement. J'ignore pourquoi, il me r&#233;v&#232;le assez vite ce qu'il a si bien dissimul&#233; pendant toutes ces ann&#233;es. Je comprends qu'il a pass&#233; toute sa vie d'adulte, quasiment, sous une fausse identit&#233;, rusant sans cesse pour la pr&#233;server. Une imposture sans grande r&#233;percussion, &#224; part compliquer son existence. Je veux dire, c'est pas comme s'il devait se planquer pour &#233;chapper &#224; un ennemi, &#224; la justice, ou je ne sais qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il m'apprend aussi qu'il est malade, et je me retrouve l&#224;, avec toi, &#224; organiser son enterrement, &#224; mettre sur une tombe un nom qui n'est pas le vrai, &#224; l'inhumer en Italie, dans un endroit qu'il affectionnait pr&#232;s du Lac d'Iseo. C'est surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je me demande combien il y en a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Des personnes comme lui. Qui vivent sous une identit&#233; diff&#233;rente de celle qui leur a &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais plein ! Depuis que je sais &#231;a j'en croise tous les jours. C'est la preuve que nous pouvons bifurquer, prendre notre destin en main. Une bonne nouvelle, si tu veux mon avis. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'endormi du RER</title>
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		<dc:date>2024-10-11T06:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Sur le r&#233;seau social &lt;a href=&#034;https://joinmastodon.org/fr&#034;&gt;Mastodon&lt;/a&gt;, en octobre, les #octobr&#232;ves proposent un petit concours de texte courts en 500 caract&#232;res, un par jour avec un mot impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon cette nouvelle est trop longue, mais l'important c'est de participer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est sous &lt;a href=&#034;https://www.creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licence CC-BY-SA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?nouvelles" rel="directory"&gt;Nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_21 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://des-nouvelles.mainate.fr/IMG/jpg/bork.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://des-nouvelles.mainate.fr/local/cache-vignettes/L500xH667/bork-04675.jpg?1730144825' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s exactement six minutes avant l'heure d'embauche, Jacqueline pointa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pouvait r&#233;gler sa montre sur les horaires de travail de Jacqueline. Employ&#233;e mod&#232;le. Elle n'&#233;tait jamais malade, ne r&#226;lait jamais, ne prenait jamais plus de huit jours de vacances d'affil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle enfila rapidement sa blouse et son gilet orange fluo avant de gagner son poste sur le quai en tirant son aspirateur f&#233;tiche derri&#232;re elle. Elle utilisait toujours le m&#234;me. Personne n'aurait os&#233; le prendre. &#199;a faisait partie du briefing de formation pour les personnes qui entraient dans l'&#233;quipe. On disait m&#234;me que &#231;a portait la poisse de toucher &#224; l'aspirateur de Jacqueline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle redescendit de la plateforme pour attraper un balai &#224; franges et un seau, qu'elle remplit d'eau tr&#232;s chaude. Un train arrivait &#224; quai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacqueline passa son mat&#233;riel de la plateforme &#224; la voiture qui avait stopp&#233; en face d'elle. On avait appris &#224; Jacqueline, d&#232;s son arriv&#233;e, qu'il n'&#233;tait pas question de dire &#171; wagon &#187; quand il s'agissait de transport de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ouvrit la petite trappe avec son carr&#233; et brancha son aspirateur &#224; la prise ainsi d&#233;voil&#233;e. L'autocollant indiquait encore &#171; 220V &#187;, il n'avait pas &#233;t&#233; jug&#233; utile de le changer quand on &#233;tait pass&#233; &#224; 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle commen&#231;a &#224; aspirer sous les premiers arceaux, d&#233;roulant le long tuyau derri&#232;re elle. Elle releva le nez, marmonna entre ses dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a n'aura pas tra&#238;n&#233;. Tant mieux, ce sera fait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, plus fort :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bork, c'est pour toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Encore un poivrot ? &#187; La voix ressemblait au bruit d'un sac de noix qu'on aurait vid&#233; en haut de l'escalier de l'Op&#233;ra Garnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;tailla le jeune homme qui ronflait, allong&#233; sur toute la largeur d'une banquette. Un genre de Bob Marley. Mince, barbu, coiff&#233; de dreadlocks, il portait un sarouel, un tee-shirt un peu bouff&#233; aux mites&lt;br class='autobr' /&gt;
et des sandales de cuir. Bronz&#233; comme quelqu'un qui passe du temps au grand air. De fines attaches. Sa bouche esquissait un sourire de satisfaction repue. Alcoolis&#233;, aucun doute. Mais pas au rouge de Prisunic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plut&#244;t plus jeune que nos clodos habituels. Moins crade, aussi. C'est pas un vagabond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a va me changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ouais ben je fais avec ce que j'ai ; on n'est pas sur le RER A. C'est pas Versailles, ici. Et pis tu me fais marrer &#224; faire le d&#233;licat. Essaie de pas m'en foutre partout, c'coup-l&#224;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De lui-m&#234;me, l'aspirateur roula vers le passager endormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacqueline fit le chemin inverse pour verser une g&#233;n&#233;reuse rasade de d&#233;tergent dans son seau. Des bruits de succion d&#233;go&#251;tants emplirent l'air de la &lt;em&gt;voiture&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'appuya sur son balai &#224; franges et attendit que l'extra-terrestre ait termin&#233; son casse-cro&#251;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sobri&#233;t&#233;</title>
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		<dc:date>2024-08-22T07:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>


		<dc:subject>Solarpunk</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une nouvelle &#233;crite pour le concours de nouvelles du &lt;a href=&#034;https://www.lowtechjournal.fr/concours-de-nouvelles-low-tech-journal.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Low Tech Journal&lt;/a&gt;. Elle porte bien son nom : 140 mots, tout pile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est sous &lt;a href=&#034;https://www.creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licence CC-BY-SA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?nouvelles" rel="directory"&gt;Nouvelles&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?solarpunk" rel="tag"&gt;Solarpunk&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212; Dis donc, c'est nouveau, ton truc, sur le toit, l&#224; ?
&lt;br /&gt;&#8212; Une &#233;olienne que j'ai bricol&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour quoi faire ? Tu dis toujours que le vent est une &#233;nergie intermittente, pas efficace. Tu as chang&#233; d'avis ? Et puis elle est toute petite, tu veux alimenter quoi avec &#231;a ?
&lt;br /&gt;&#8212; Juste une loupiote qui s'allume pour dire qu'il y a du z&#233;phyr au-del&#224; d'une certaine vitesse.
&lt;br /&gt;&#8212; Toi, l'obs&#233;d&#233; du low-tech, tu es mont&#233; l&#224;-haut fixer une dynamo, tu as tir&#233; du c&#226;ble ? Et si tu regardais juste dehors ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pas chez moi, la loupiote. Dans l'&#233;cole. Les &#233;l&#232;ves avaient tendance &#224; d&#233;crocher du cours pour surveiller la cime des arbres en attendant l'occasion de sortir les cerfs-volants. Le nouveau jeu low-tech &#224; la mode. Pour moi, je suis en train de coudre une manche &#224; air. &#199;a suffira bien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;105&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://des-nouvelles.mainate.fr/local/cache-vignettes/L220xH194/220px-France_roa-76e5c02e-e5124.png?1720645611' width='220' height='194' alt='Panneau triangulaire blanc avec un bandeau rouge contenant une manche &#224; air, ray&#233;e rouge et blanc avec un m&#226;t rouge' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Panneau routier indiquant la pr&#233;sence d'une manche &#224; air
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;&lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:France_road_sign_A24.svg&#034;&gt;Roulex_45&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0&#034;&gt;CC BY-SA 3.0&lt;/a&gt;, via Wikimedia Commons
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette nouvelle a &#233;t&#233; republi&#233;e &lt;a href=&#034;https://stph.scenari-community.org/solarpunk/co/sobriete.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les sp&#233;l&#233;ologues de la narine</title>
		<link>https://des-nouvelles.mainate.fr/?les-speleologues-de-la-narine</link>
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		<dc:date>2024-08-22T07:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>


		<dc:subject>Ray's Day</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nouvelle in&#233;dite &#224; l'occasion du Ray's Day 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sp&#233;l&#233;ologues de la narine &#169; 2024 by Fr&#233;d&#233;ric Urbain is licensed under Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?nouvelles" rel="directory"&gt;Nouvelles&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?ray-s-day" rel="tag"&gt;Ray's Day&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cl&#233;ment avait &#233;cout&#233; leurs histoires toute la soir&#233;e, sans rien dire, faisant griller sa guimauve sur le feu de camp. Celle du dingue &#224; la tron&#231;onneuse &#233;tait gratin&#233;e, mais il avait mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi, c'est un dermato qui m'a calm&#233;. Un rigolo tout petit avec une barbichette, fa&#231;on leprechaun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah les boutons, l&#224; ? &#187; qu'il m'a dit. &#171; &#199;a vient d'un staphylo, c'est rien, on a l'habitude. Je vais vous prescrire une cr&#232;me. Faut pas se tripoter le visage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quoi, on a des staphylos qui se prom&#232;nent comme &#231;a sur nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Plein ! Surtout dans le pif ! Qui attendent tranquillement une opportunit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis sorti du cabinet, j'&#233;tais gu&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pens&#233; si &#231;a se trouve c'est rien que du bluff ; il dit &#231;a expr&#232;s pour calmer les sp&#233;l&#233;ologues de la narine. Et depuis j'ai v&#233;rifi&#233;. Je n'aurais pas d&#251;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Inspiration : quelques &#233;changes sur Mastodon et cet article &lt;em&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Staphylococcus_epidermidis&#034;&gt;Staphylococcus epidermidis&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/&#034;&gt;Wikip&#233;dia en fran&#231;ais&lt;/a&gt; (&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Staphylococcus_epidermidis&amp;action=history&#034;&gt;auteurs&lt;/a&gt;)&lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&#034;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contenu soumis &#224; la licence CC-BY-SA 4.0&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Panique &#224; bord de Padakor</title>
		<link>https://des-nouvelles.mainate.fr/?16-panique-a-bord-de-padakor</link>
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		<dc:date>2024-01-22T19:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Radio Padakor</dc:creator>


		<dc:subject>Solarpunk</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai particip&#233;, avec beaucoup de plaisir, &#224; la r&#233;daction de cette nouvelle collaborative dans le cadre d'un &lt;a href=&#034;https://librecours.net/courses/api0075/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atelier Solarpunk &#224; l'Universit&#233; de Technologie de Compi&#232;gne&lt;/a&gt; propos&#233; par l'ami &lt;a href=&#034;https://stph.crzt.fr/co/stph.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;St&#233;phane Crozat&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://des-nouvelles.mainate.fr/?solarpunk" rel="tag"&gt;Solarpunk&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nouvelle journ&#233;e, nouvelle &#233;mission. 18:30, une heure, 98.6 FM, une fr&#233;quence : c'est tout ce dont l'&#233;quipe de Radio Padakor (AirPD) a besoin pour accomplir sa t&#226;che informationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, autour de la petite table se trouvent deux invit&#233;s : Jarvis le jardinier, un habitu&#233; des ondes qui n'est plus &#224; pr&#233;senter, et Victoire, une experte environnementale venue pour partager son point de vue sur la situation &#224; Compi&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une br&#232;ve introduction, l'&#233;mission peut enfin commencer. Le vieil homme qu'est Jarvis prend la parole le premier. Aujourd'hui, il est venu parler de tomates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agac&#233; par les interf&#233;rences qu'il entend dans son retour casque, Jarvis fait des signes au pauvre Mathias qui se d&#233;bat avec sa console pour tenter de r&#233;soudre ces al&#233;as techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le bouleversement climatique nous a apport&#233; son lot de catastrophes, mais il a fourni quelques compensations. On peut d&#233;sormais envisager de cultiver des tomates en Picardie, &#224; l'air libre, sur sol vivant. Il n'y a plus besoin de s&#233;lectionner des vari&#233;t&#233;s hybrides et on peut facilement utiliser les graines issues des fruits de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout de m&#234;me, &#231;a doit &#234;tre moins efficace &#187; fait remarquer l'experte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarvis, surpris d'avoir &#233;t&#233; interrompu, d&#233;visage la jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est comme &#231;a que fonctionne la nature ; c'est pour &#231;a que les fruits produisent des graines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ouais, &#231;a va bien pour manger deux-trois salades de tomates par an. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a fait des d&#233;cennies que je cultive des tomates, et croyez-moi, j'obtenais d&#233;j&#224; de beaux rendements avant qu'il ne fasse aussi chaud en Picardie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a une contrainte &#224; conna&#238;tre, imp&#233;rativement : c'est le principe de rotation. La tomate est gourmande en azote. Le sol qu'elle laisse derri&#232;re elle est appauvri. Il faut donc &#233;viter de replanter des tomates au m&#234;me endroit ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, au risque de voir diminuer sa production. Id&#233;alement, on attendra cinq ans avant de replanter des tomates dans une parcelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se tourne vers Victoire pour lui d&#233;cocher une fl&#232;che du Parthe : &#171; C'est peut-&#234;tre &#231;a que vous ignoriez, madame. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bah, de l'azote, on peut toujours en apporter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, en effet, il est indispensable d'amender sa terre. C'est bien pour &#231;a qu'on fait du compost. Mais attention. La tomate est sensible au mildiou. Les pieds de tomates arrach&#233;s apr&#232;s la derni&#232;re r&#233;colte ne vont pas au compost. C'est dangereux, on risque de v&#233;hiculer la maladie. Je rappelle que le mildiou s'installe tr&#232;s rapidement. Il faut lutter contre lui d&#232;s les premiers signes, avec le meilleur des fongicides, le purin d'ortie. Je vous proposerai une &#233;mission sur l'ortie un de ces jours, c'est vraiment une plante fascinante, qui a de tr&#232;s grandes qualit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une plante envahissante et urticante, merci bien ! &#187; marmonne Victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais enfin, vous n'y connaissez rien ! L'ortie est une des cl&#233;s de vo&#251;te de nos &#233;cosyst&#232;mes. Elle contient tous les acides amin&#233;s essentiels et repr&#233;sente un apport id&#233;al en prot&#233;ines v&#233;g&#233;tales. Pour en revenir aux tomates, vous pouvez d&#233;sormais planter toutes les vari&#233;t&#233;s pour lesquelles vous trouverez des graines. Toutes pousseront facilement sous nos latitudes, &#224; condition de les prot&#233;ger de l'humidit&#233; persistante qui apportera le mildiou. On arrose au pied, jamais les feuilles, et pas si souvent que &#231;a ! Quand vous les cuisinez, conservez les graines que vous laverez et laisserez s&#233;cher afin de pr&#233;parer l'ann&#233;e suivante. Enfin, dernier conseil : ne laissez pas vos sols nus quand vous aurez arrach&#233; vos pieds de tomates d&#233;sormais inutiles. Plantez des l&#233;gumes d'automne peu exigeants, comme des l&#233;gumineuses (par exemple des f&#232;ves) ou des l&#233;gumes racines (carottes, navet, sans oublier notre betterave picarde) ou encore des engrais verts comme les &#233;pinards, la moutarde qui vont r&#233;g&#233;n&#233;rer votre sol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathias s'est laiss&#233; surprendre par cette fin brutale. Il pensait que Jarvis, comme &#224; son habitude, se laisserait emporter par la passion et parlerait plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Merci, Jarvis, c'&#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant, comme toujours. Nous allons maintenant demander &#224; Victoire de se pr&#233;senter et de nous parler de son travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, dit Jarvis, taquin. Victoire, comment justifiez-vous votre existence ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui le connaissent bien doivent sourire derri&#232;re leur poste de radio ; il a coutume d'utiliser cette question d'Isaac Asimov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme explique qu'elle est une &#233;cologue, arriv&#233;e dans la r&#233;gion depuis peu, sensible &#224; la situation critique dans laquelle se trouvent les habitants de Compi&#232;gne. Radio Campus ayant refus&#233; de lui donner la parole, dit-elle, la scientifique en qu&#234;te de visibilit&#233; s'est tourn&#233;e rapidement vers l'alternative plus libre qu'est AirPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, elle d&#233;clare vouloir parler de ce que l'entreprise qui l'emploie, &#201;corizon, apportera &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathias intervient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, les habitants se questionnent, ils craignent que l'installation de cette firme produisant des semences modifi&#233;es g&#233;n&#233;tiquement soit n&#233;faste &#224; Compi&#232;gne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la situation &#233;cologique est d&#233;j&#224; critique, rappelle l'experte : &#171; En effet, m&#234;me si la pollution de l'air est faible car l'utilisation des voitures individuelles a &#233;t&#233; divis&#233;e par dix depuis que les v&#233;hicules thermiques ont &#233;t&#233; interdits dans les Hauts-de-France, la pollution des sols et des eaux reste forte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire ne manque pas d'&#233;voquer, notamment, la situation &#233;cosyst&#233;mique des eaux de l'Oise, et plus sp&#233;cifiquement la prolif&#233;ration des &#233;crevisses de Louisiane, une esp&#232;ce invasive qui brutalise la faune locale et d&#233;truit petit &#224; petit les berges. Elle n'oublie pas de souligner que ces &#233;crevisses, comme beaucoup d'autres esp&#232;ces colonisatrices, sont apparues dans la r&#233;gion il y a plusieurs ann&#233;es, notamment &#224; cause d'&#233;leveurs peu scrupuleux. L'arriv&#233;e d'une nouvelle industrie en ville rappelle &#224; tous et toutes les mauvais souvenirs du capitalisme d&#233;complex&#233; du si&#232;cle pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'experte soul&#232;ve une question : &#171; Peut-on r&#233;ellement comparer la situation actuelle &#224; la pr&#233;c&#233;dente ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathias et Jarvis se regardent, quelque peu incr&#233;dules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'experte poursuit, afin d'expliciter ses propos. En effet, &#201;corizon serait, elle, bien plus soucieuse de l'environnement. La preuve en est : elle propose un projet de compensation &#233;cologique, de d&#233;pollution du canal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarvis intervient rapidement et demande comment tout ceci est cens&#233; se d&#233;rouler, alors m&#234;me que l'entreprise polluera l'eau et le sol par ses rejets organiques et chimiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme ne se d&#233;monte pas ; elle a d&#233;cid&#233;ment r&#233;ponse &#224; tout. En r&#233;alit&#233;, les rejets seront minimes, explique-t-elle au microphone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour ce qui est des d&#233;chets chimiques, ils restent rejet&#233;s en petites quantit&#233;s et surtout toujours en dessous des r&#233;glementations sanitaires europ&#233;ennes. Dans le cas des r&#233;sidus organiques, pas de souci non plus, il suffit de les laisser se d&#233;composer et cela permettra m&#234;me de revitaliser des sols. Tout a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pens&#233;, vous voyez. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarvis l'interrompt prestement : &#171; Comment des r&#233;sidus organiques sont-ils cens&#233;s se d&#233;composer pour nourrir les sols, si les d&#233;chets en question sont issus de plants OGM sp&#233;cifiquement con&#231;us pour se conserver le plus longtemps possible apr&#232;s leur r&#233;colte ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire ignore compl&#232;tement cette intervention, probablement &#224; cause de la difficult&#233; de r&#233;pondre face &#224; un argument aussi pertinent, et continue son discours comme si de rien n'&#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologue monopolise l'antenne. D&#233;sormais, c'est sur les &#233;crevisses qu'elle veut revenir. Ces crustac&#233;s sont, outre son dada manifeste &#8212; bien qu'on puisse, paradoxalement, observer une broche en forme de crabe sur la veste de la scientifique &#8212; une catastrophe pour l'&#233;cosyst&#232;me local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, arriv&#233;es il y a quelques ann&#233;es, de toute &#233;vidence en ayant remont&#233; l'Oise gr&#226;ce aux porte-conteneurs naviguant sur le Canal Seine-Nord, ces derni&#232;res sont une des pr&#233;occupations &#233;cologiques de la ville, si ce n'est la plus grande. Les &#233;crevisses de Louisiane &#233;taient d&#233;j&#224; un probl&#232;me bien avant leur d&#233;barquement &#224; Compi&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a vingt ans, les &#233;crevisses de Louisiane avaient colonis&#233; pr&#232;s de 80% du sol fran&#231;ais. L'Oise restait pourtant &#233;pargn&#233;e de leur pr&#233;sence. D&#232;s 2035, une fois le canal achev&#233;, des doutes furent &#233;mis sur la possibilit&#233; qu'elles puissent, via les p&#233;niches, arriver jusqu'ici. Aujourd'hui, elles sont install&#233;es depuis pr&#232;s de cinq ans, et tout le monde en connait les cons&#233;quences n'est ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout un chacun sait ce que font ces animaux invasifs, &#224; savoir propager des maladies d&#233;cimant la faune locale, en plus d'occuper des niches &#233;cologiques autochtones. Leur nidification pose un autre probl&#232;me s&#233;rieux : l'&#233;rosion des berges. On parle ici en effet de galeries creus&#233;es &#224; m&#234;me la terre ou l'argile, fragilisant petit &#224; petit les berges de l'Oise , ce qui provoque, au fil du temps, la destruction des zones de p&#234;che et des zones portuaires locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; ce probl&#232;me de taille, &#201;corizon apporte pourtant une solution plus qu'inesp&#233;r&#233;e : l'&#233;radication des &#233;crevisses de Louisiane serait comprise au sein du programme de compensation &#233;cologique propos&#233; par la firme. Pour ce faire, nous proposons de rel&#226;cher, de mani&#232;re cibl&#233;e, sur une zone limit&#233;e et temporairement, une toxine issue des traitements de l'usine dans les eaux de l'Oise. Cette derni&#232;re ne viserait que les &#233;crevisses, &#233;videmment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarvis est stup&#233;fait : cela n'a aucun sens, il doit encore intervenir. Le vieil homme ne manque donc pas de couper la parole de l'&#233;cologue, une nouvelle fois, par un violent &#171; *Shut up !* &#187; tout droit sorti de son c&#339;ur d'&#201;cossais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il confronte la soi-disant &#233;cologue &#224; ses propos, il la questionne : comment une toxine, pr&#233;tendument aussi efficace, pourrait-elle ne cibler que les &#233;crevisses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire, encore, ne se d&#233;monte pas : la toxine, pr&#233;tend-elle, passe uniquement par les branchies des crustac&#233;s. Jarvis s'&#233;nerve : les poissons aussi ont des branchies, cette toxine leur serait &#233;galement inocul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faire mourir les quelques esp&#232;ces locales encore pr&#233;sentes pour &#233;radiquer une esp&#232;ce envahissante, ce serait de la folie. Ce serait signer l'arr&#234;t de mort de tout un &#233;cosyst&#232;me qui, s'il est aujourd'hui fragilis&#233;, serait demain compl&#232;tement vide de vie. En plus, faire passer un de vos d&#233;chets comme un rem&#232;de miracle, c'est vraiment du *bullshit !* &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarvis se tourne alors vers Mathias qui anime l'&#233;mission :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment avez-vous pu inviter une pareille fantaisiste, qui ne sait pas de quoi elle parle et qui balance des contre-v&#233;rit&#233;s depuis tout &#224; l'heure ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#234;ne de Mathias est palpable. Il essaie de r&#233;pondre, mais sa voix se perd dans un bafouillis incompr&#233;hensible. Plut&#244;t probl&#233;matique pour un animateur radio ! D'autant que c'est le moment que choisissent les interf&#233;rences pour revenir brouiller l'&#233;mission du signal. Il est encore plus d&#233;sempar&#233; quand son t&#233;l&#233;phone affiche un SMS de Luciole : &#171; MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ? STOPPE TOUT DE SUITE LA DIFFUSION !!! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarvis enfonce le clou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pensais que l'&#233;quipe de Radio Padakor &#233;tait plus rigoureuse que celle de Radio Campus, avec un v&#233;ritable esprit journalistique. Je me rends compte que ce n'est pas le cas. Franchement, je regrette d'&#234;tre venu et je ne reviendrai pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pose violemment son casque sur la table, se l&#232;ve et quitte le studio d'enregistrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jubilation de Victoire se lit sur son visage : elle va pouvoir d&#233;rouler ses arguments sans &#234;tre interrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathias se secoue et r&#233;cup&#232;re la main en coupant le micro de son invit&#233;e avant qu'elle n'ait eu le temps de reprendre la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le temps qui nous &#233;tait imparti arrive &#224; son terme. Je remercie chaleureusement nos deux invit&#233;&#8901;es, je vous prie d'excuser les petits probl&#232;mes techniques que nous avons rencontr&#233;s. Vous retrouverez Luciole demain &#224; la m&#234;me heure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;cipitation, il lance *What a Wonderful World*, le morceau originellement propos&#233; par Victoire pour cl&#244;turer l'&#233;mission, mais qui d&#233;sormais r&#233;sonne tout &#224; fait diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;Pour une exp&#233;rience plus immersive, vous pouvez &#233;couter la musique de d&#233;but d'&#233;mission de Radio Padakor : &lt;a href=&#034;https://play.dogmazic.net/browse.php?action=tag#song.php?action=show_song&amp;song_id=2735&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aqua de AlbanLepsy&lt;/a&gt; - consult&#233; le 18/01/2024, contenu sous Licence Art Libre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Bibliographie :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tomate : culture, plantation, entretien, r&#233;colte par T. Hermans. Article publi&#233; le 04 avril 2022 (page consult&#233;e le 16/01/24) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.terrevivante.org/contenu/tomate-culture-plantation-entretien-recolte/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.terrevivante.org/contenu/tomate-culture-plantation-entretien-recolte/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan. &#034;Un potager en appartement : comment le r&#233;aliser ?&#034; Jardiner Facile, (page consult&#233;e le 16/01/24) , &lt;a href=&#034;https://jardinerfacile.fr/un-potager-en-appartement-comment-le-realiser/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://jardinerfacile.fr/un-potager-en-appartement-comment-le-realiser/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youyou. &#034;Comment cr&#233;er un potager en appartement ?&#034; Jardin de Perlimpinpin, (page consult&#233;e le 16/01/24) , &lt;a href=&#034;https://www.jardindeperlimpinpin.fr/comment-creer-un-potager-en-appartement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.jardindeperlimpinpin.fr/comment-creer-un-potager-en-appartement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#232;ce invasive &#233;crevisse : &#034;Les esp&#232;ces exotiques envahissantes dans les milieux. Connaissances pratiques et exp&#233;riences de gestion&#034; Office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA), Achev&#233; d'imprimer en France par CFI en mars 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.gt-ibma.eu/wp-content/uploads/2012/05/EEE-Vol2en-FR-complet18sept2016.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.gt-ibma.eu/wp-content/uploads/2012/05/EEE-Vol2en-FR-complet18sept2016.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(page consult&#233;e le 16/01/24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OGM : o&#249; en est le d&#233;bat ? par Sylvia Serbin, Magazine Grain de sel num&#233;ro mars 2000 (page consult&#233;e le 16/01/24)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.inter-reseaux.org/wp-content/uploads/GDS_14_-_OGM.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.inter-reseaux.org/wp-content/uploads/GDS_14_-_OGM.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Article Ortie de Wikip&#233;dia en fran&#231;ais (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ortie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ortie&lt;/a&gt;) - consult&#233; le 17/01/2024&lt;br class='autobr' /&gt;
Contenu soumis &#224; la licence CC-BY-SA 4.0 (&lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence sur les tomates : &lt;a href=&#034;https://www.journaldesfemmes.fr/jardin/conseils-jardinage/3144116-rotation-des-cultures-tomate/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.journaldesfemmes.fr/jardin/conseils-jardinage/3144116-rotation-des-cultures-tomate/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ana&#239;s Renevier Mis &#224; jour le 17/12/23 09:30 - consult&#233; le 17/01/2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence sur *What a Wonderful World* : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/What_a_Wonderful_World&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/What_a_Wonderful_World&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Wikip&#233;dia - consult&#233; le 18/01/2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Radio Padakor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contenu soumis &#224; la licence CC-BY-SA 4.0 (&lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La marche de l'empire</title>
		<link>https://des-nouvelles.mainate.fr/?15-la-marche-de-l-empire</link>
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		<dc:date>2023-08-22T14:01:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>


		<dc:subject>Ray's Day</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nouvelle in&#233;dite, sous licence CC-0, &#224; l'occasion du Ray's Day 2023.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelle in&#233;dite, sous licence &lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CC-0&lt;/a&gt;, &#224; l'occasion du Ray's Day 2023.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, voyons. Manteau brun, pantalon vert, bonnet rouge, chaussures jaunes. C'est forc&#233;ment lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hum. Je ne peux pas voir les pompes. Purin, le mec pourrait tondre sa pelouse, quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu leva les yeux au ciel. Les jurons de son ami &#233;taient toujours pleins d'originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bon, vas-y. Je t'attends dans la caisse, pr&#234;t &#224; partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; T'as pas le permis, je te rappelle. C'est toi le fantassin de l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bon, OK, grommela Salim en descendant de la Zo&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et regarde bien les godasses. Cette herbe haute est peut-&#234;tre un pi&#232;ge pour que tu te trompes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une minute apr&#232;s, Salim remontait en voiture apr&#232;s avoir jet&#233; quelque chose sur le si&#232;ge arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D&#233;marre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu enfon&#231;a l'acc&#233;l&#233;rateur. Il tourna au hasard dans les rues, un coup &#224; droite, un coup &#224; gauche, jetant des regards nerveux &#224; son r&#233;troviseur. Enfin, s&#251;r de ne pas avoir &#233;t&#233; suivi, il se gara et &#233;teignit les phares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'y vois rien. Qu'est-ce que je cherche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un code. Je ne sais pas sous quelle forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Une &#233;tiquette blanche r&#233;cemment coll&#233;e avec un long num&#233;ro ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est &#231;a ! C'est forc&#233;ment &#231;a ! Lis-le moi, je le rentre dans le site du jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Attends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salim tendit la main pour allumer le plafonnier de la Zo&#233;. Manu lui tapa sur les doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sers-toi de la loupiote de ton portable ! Tu vas nous faire rep&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salim, tout en maugr&#233;ant que le coin &#233;tait d&#233;sert, s'ex&#233;cuta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu pr&#233;f&#233;rait &#233;viter de lui dire que la Zo&#233; n'avait plus la m&#234;me autonomie que quand elle &#233;tait neuve. Il n'avait pas pr&#233;vu que la premi&#232;re &#233;tape serait si loin de chez lui et que le jeu se d&#233;roulerait de nuit. Il allait devoir &#233;conomiser la batterie pour aller au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; OK, le site m'a donn&#233; de nouvelles coordonn&#233;es. Mets-les dans ton GPS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi pas celui de la voiture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Euh&#8230; On s'approchera peut-&#234;tre &#224; pied pour plus de discr&#233;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; OK. On retourne replacer le nain de jardin et on y va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non ! On ne le remet pas en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment &#231;a ? Et comment feront les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Justement ! Si le nain n'y est pas les autres ne pourront pas le trouver et donc pas finir le jeu. C'est nous qu'on va gagner, fr&#233;rot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est fair-play, &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le r&#232;glement dit que tous les coups sont permis, dans les limites de la l&#233;galit&#233; et de la s&#233;curit&#233; des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben, justement, voler des nains de jardin, c'est pas l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais l&#224;, c'est dans le cadre du jeu. Les propri&#233;taires des nains sont OK avec &#231;a. Allez, assez parl&#233;, on perd du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient arr&#234;t&#233;s &#224; un feu rouge quand un van stoppa au ras du pare-chocs de la Zo&#233;. Il passa en pleins phares, aveuglant Manu par tous les r&#233;tros. On entendit un craquement de haut-parleur et une voix furieuse les apostropha &#224; plein volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh, vous, l&#224; ! Rendez-moi mon nain de jardin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh guano, c'est le proprio ! Qu'est-ce qu'on fait, Manu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre que le feu passe au vert, Manu d&#233;marra sur les chapeaux de roues. Le van fit hurler ses pneus et le suivit, rattrapant rapidement la petite auto. Tout en les poursuivant, il continuait de brailler dans sa sono : &#171; Rendez-moi mon nain de jardin ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu tourna sec dans une petite rue. Le van ne put pas n&#233;gocier un virage aussi serr&#233;, surtout &#224; cette vitesse, et continua tout droit. Profitant de son avantage, la Zo&#233; s'engagea dans un entrelacs de minuscules art&#232;res, en priant pour ne pas se faire coincer par un sens interdit. Au point o&#249; il en &#233;tait, Manu l'aurait pris, de toute fa&#231;on. Il finit par retrouver une allure plus modeste, et demanda &#224; Salim de le rediriger vers le prochain nain de jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est encore loin ? demanda Manu pour la dixi&#232;me fois, le nez sur le compteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Deux kilom&#232;tres, &#224; peu pr&#232;s. Mais pourquoi tu as &#233;teint tes feux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je passe en mode furtif. J'ai peur que l'autre cingl&#233; nous retrouve. Et puis on y voit comme en plein jour, ici, avec ces lampadaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois cent m&#232;tres plus loin, une voiture de police sortait d'une rue adjacente et le chauffeur allumait son gyrophare pendant que la passag&#232;re leur faisait signe de se garer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est malin ! Avec tes phares &#233;teints, tu vas prendre une prune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais non. Les flics sont dans le jeu, &#224; tous les coups. Leur mission consiste &#224; nous ralentir pour permettre aux autres de nous rattraper. Pourquoi planquer &#224; cet endroit paum&#233; de la banlieue, sinon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porti&#232;re droite de la voiture de police s'ouvrit et une jeune femme en uniforme en sortit pour s'approcher de la Zo&#233; sans se presser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu vois ? Elle joue la montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur ? Vous savez pourquoi nous vous arr&#234;tons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu lui fit son plus beau sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les phares, hein ? Je n'ai presque plus de batterie dans la voiture, et comme ici c'est bien &#233;clair&#233;, je me suis dit que je pourrais &#233;conomiser un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hum. C'est quoi, ce truc, sur le si&#232;ge arri&#232;re, &#224; c&#244;t&#233; de votre ami ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu fit un clin d'&#339;il appuy&#233; &#224; Salim dans le r&#233;tro. &#171; Tu vois ? &#187; articula-t-il silencieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est un nain de jardin, madame. Il appartient &#224; un ami, ajouta-t-il en adressant une pens&#233;e au dingue du van. On le prom&#232;ne un peu, comme dans &lt;i&gt;Am&#233;lie Poulain&lt;/i&gt;. Vous avez vu &lt;i&gt;Am&#233;lie Poulain&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et si j'examine ce nain de jardin, je ne trouverai rien de bizarre ? Pas de substance illicite, par exemple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu vit Salim p&#226;lir dans le miroir. Ils n'avaient pas v&#233;rifi&#233; que le bonhomme de pl&#226;tre n'&#233;tait pas pi&#233;g&#233;. Il se maudit d'avoir n&#233;glig&#233; cette &#233;ventualit&#233;. Si les sc&#233;naristes du jeu avaient l'esprit aussi tordu que lui, ils y aurait mis quelques sachets de cannabis. Rien de trop compromettant. Juste de quoi passer quelques heures au poste, et permettre aux autres &#233;quipes de passer devant. La voil&#224;, la r&#233;ponse &#224; son astuce. Lui qui s'&#233;tait cru malin en subtilisant le nain ! Il d&#233;cida de se montrer beau joueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous n'avons pas pens&#233; &#224; v&#233;rifier quand on nous l'a confi&#233;. Jetons un &#339;il ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son grand soulagement, la polici&#232;re exhiba une formidable torche &#233;lectrique et ne lui demanda pas d'allumer le plafonnier de la Zo&#233;. Toujours quelques watts de gagn&#233;s. Le nain de jardin se r&#233;v&#233;la creux, et vide. &#192; l'exception d'un petit bidule que Manu identifia comme un traqueur GPS. Il comprit comment le cingl&#233; au van les avait localis&#233;s. L'inspection du plancher de la voiture, au cas o&#249; un paquet en serait tomb&#233;, ne donna rien non plus. S'il y avait eu quelque chose, Salim l'avait perdu dans le jardin de la propri&#233;t&#233; o&#249; il avait ramass&#233; le nain. Idem pour le coffre, la boite &#224; gants, les poches des deux protagonistes. Ils furent donc invit&#233;s &#224; repartir. &#171; Mais allumez-moi ces feux ! Si je vous recroise je ne serais pas aussi coulante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est couillon, m&#233;dita Manu, j'aurais bien coll&#233; le traqueur dans la voiture de police. La tronche de l'autre ! Ouvre-le et vire la pile. Maintenant qu'on l'a trouv&#233; on va faire en sorte qu'il ne communique plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant trouv&#233; l'adresse du nain suivant, ils laiss&#232;rent la Zo&#233; &#224; distance et s'approch&#232;rent &#224; pied, comme pr&#233;vu. Ils pass&#232;rent un moment &#224; surveiller les alentours avant de se d&#233;cider &#224; franchir la cl&#244;ture et &#224; r&#233;cup&#233;rer le nain de jardin. Au retour, perdant toute contenance, ils caval&#232;rent &#224; perdre haleine, Salim serrant la figurine dans ses bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant pr&#232;s de la Zo&#233;, ils d&#233;couvrirent, appuy&#233; contre l'aile gauche, un petit bonhomme chauve en costume trois-pi&#232;ces, affubl&#233; d'une barbichette. Il portait &#224; la main droite une chevali&#232;re dont le motif &#233;tait le masque de Dark Vador. Si les deux comp&#232;res avaient dout&#233; de son identit&#233;, le van &#233;tait gar&#233; juste derri&#232;re la Zo&#233;. Il parla sans &#233;lever la voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Rendez-moi mon nain de jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; OK, OK, temporisa Manu. Salim, mets celui-ci sur le si&#232;ge et rends son bien &#224; monsieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;verrouilla la voiture&#8230; et sauta au volant ! &#171; Salim, monte ! &#187; Pris par surprise, celui-ci plongea dans la Zo&#233; qui d&#233;marra &#224; fond de train. Manu prit le temps de faire un doigt d'honneur au propri&#233;taire du nain qui courait d&#233;j&#224; vers son van.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais qu'est-ce que tu fous, mouscaille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu ne pensais quand m&#234;me pas que j'allais le laisser gagner si facilement, non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout-&#224;-coup l'&#233;norme masse du van remplit ses r&#233;tros et de nouveau les pleins phares l'&#233;blouirent. La sono crachait &#224; plein volume une musique qu'ils reconnurent sans peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est la marche imp&#233;riale ! Caramel, on a carr&#233;ment Vador au cul ! Fonce !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai d&#233;j&#224; le pied au plancher !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je croyais que les bagnoles &#233;lectriques avaient des acc&#233;l&#233;rations foudroyantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas celle-l&#224; ! Et le niveau de batterie fond &#224; vue d'&#339;il ! Pur&#233;e, il sort l'artillerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, du haut du van &#233;taient apparus deux canons de mitrailleuses qui &#233;taient dirig&#233;s vers la Zo&#233;. Ils se mirent &#224; expulser, &#224; haute fr&#233;quence, des billes de peinture qui recouvrirent l'arri&#232;re de la Zo&#233; de fluide fluo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il nous canarde au &lt;span lang=&#034;en&#034;&gt;&lt;i&gt;paint-ball&lt;/i&gt;&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tous ses efforts, Manu ne parvint pas &#224; semer le van. Le tableau de bord clignotait rouge, lui enjoignant de se garer avant de tomber en rade. Il se laissa couler le long du trottoir et mis le frein &#224; main. Le van stoppa derri&#232;re lui et le petit bonhomme en costume descendit, une batte de base-ball &#224; la main. Il se mit pr&#232;s de la voiture et ouvrit la porti&#232;re arri&#232;re. Salim prot&#233;gea son visage de ses mains, s'attendant &#224; recevoir un coup de batte. Mais l'homme attrapa son nain de jardin, retourna &#224; son van et repartit sans un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manu se r&#233;veilla &#224; l'h&#244;pital. Salim &#233;tait assis &#224; c&#244;t&#233; de son lit. Sur une table tr&#244;nait un &#233;norme bouquet avec une carte &#171; Meilleurs v&#339;ux de prompt r&#233;tablissement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce qu'il s'est pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Relax. Tu n'as rien de grave. Tu nous as fait un malaise vagal li&#233; au stress d'hier. Le toubib a souhait&#233; que tu restes en observation mais tu vas sortir, tout va bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu veux dire que je me suis &#233;vanoui&#8230; de peur ? Ouah, trop bien, le meilleur Grandeur-Nature de ma vie ! De qui viennent les fleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Du propri&#233;taire du van. Il n'a pas r&#233;alis&#233; que tu &#233;tais dans les vapes. Il &#233;tait d&#233;sol&#233; de l'apprendre ce matin. Il a fait nettoyer la Zo&#233; &#224; ses frais. C'&#233;tait un PNJ&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Personnage Non Joueur&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je le soup&#231;onne d'&#234;tre l'organisateur du jeu, en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'esp&#232;re qu'il en fera d'autres, c'&#233;tait trop cool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Euh, moi je ne suis pas trop chaud ; p&#233;tard, on est &#224; l'hosto, et il s'en est fallu de peu qu'on finisse en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La prison, un r&#234;ve de r&#244;liste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joueur de jeu de r&#244;le&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Imagine les campagnes qu'on doit pouvoir mener !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vache ! Tu es vraiment accro, toi !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Personnage Non Joueur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joueur de jeu de r&#244;le&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tr&#233;sor</title>
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		<dc:date>2022-05-07T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>


		<dc:subject>Ray's Day</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nouvelle in&#233;dite, sous licence CC-0, &#224; l'occasion du Ray's Day 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma plus grin&#231;ante.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nouvelle in&#233;dite, sous licence CC-0, &#224; l'occasion du &lt;a href=&#034;https://raysday.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ray's Day&lt;/a&gt; 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma plus grin&#231;ante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il se sentait comme un con, avec son bouquet. Il le posa gauchement sur le b&#233;ton du caveau. Devait-il dire quelque chose ? Parler &#224; son &#233;pouse morte ? Et qu'est-ce qu'il pourrait raconter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Salut, c'est Tr&#233;sor &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle continuait &#8203;&#224; l'appeler &#171; Tr&#233;sor &#187;, comme au d&#233;but de leur mariage, malgr&#233; l'habitude et la distance qui s'&#233;taient install&#233;es. Il n'y faisait m&#234;me plus attention. Elle n'avait quasiment jamais prononc&#233; son pr&#233;nom. Tr&#233;sor, il trouvait &#231;a ridicule, pour lui Tr&#233;sor c'&#233;tait un joueur, il ne suivait pas le foot mais &#224; l'&#233;poque tout le monde parlait de Marius Tr&#233;sor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; de son vivant, il y avait parfois des journ&#233;es enti&#232;res de silence. Sauf quand elle l'engueulait. Elle ne risquait plus de lui passer un savon parce qu'il &#233;tait rentr&#233; &#233;m&#233;ch&#233;, pour s&#251;r. Des fois il croyait l'entendre ronchonner et il courbait instinctivement les &#233;paules pour encaisser les reproches, mais c'&#233;tait dans sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans de silence. Quatre ans qu'elle &#233;tait l&#224;. Quatre ans qu'elle n'&#233;tait pas remont&#233;e de son jardin, saisie par une attaque. Quand il avait constat&#233; son retard, il s'&#233;tait bien interrog&#233;, mais il n'avait pas boug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un jour comme &#231;a o&#249; il avait de la rancune. Il ne savait m&#234;me pas &#224; propos de quoi. Une partie de lui (une grosse partie) avait esp&#233;r&#233; qu'il s'&#233;tait pass&#233; quelque chose. S'il descendait voir, il pouvait la trouver respirant encore et se sentir oblig&#233; d'appeler les secours. Alors il avait attendu, assis &#224; la table de la cuisine, sans allumer dans le soir tombant. C'est le voisin qui avait donn&#233; l'alerte. Trop tard. Quatre ans qu'il s'&#233;tait dit &#171; enfin libre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa libert&#233;, il n'en avait pas fait grand-chose, &#224; vrai dire. Il avait gland&#233;, comme avant. Tra&#238;n&#233; au bistrot avec des copains qui n'en &#233;taient pas. Des relations de zinc. Si un jour il ne se pointait plus au troquet, les gars parleraient de lui pendant la premi&#232;re tourn&#233;e, &#224; la rigueur. Ils l'auraient oubli&#233; avant de finir la deuxi&#232;me. Comme l'Albert qui s'&#233;tait effondr&#233; dans sa chemin&#233;e un soir d'hiver et qui avait cram&#233; des cheveux jusqu'&#224; la taille. Il avait lu cette autre histoire du gars qui payait tout par pr&#233;l&#232;vement, et dont le compte avait fonctionn&#233; pendant onze ans apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, la retraite tombait, les d&#233;penses se payaient toutes seules, le loyer, le gaz, le t&#233;l&#233;phone, l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, comme une machine auto-entretenue. Onze ans sans que personne ne s'inqui&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, lui, quand il revenait &#224; la maison, maintenant, le po&#234;le &#233;tait froid. Le feu de bois, c'&#233;tait pas comme le pr&#233;l&#232;vement automatique. Il fallait un couillon pour mettre des b&#251;ches dedans. Il n'y avait pas de soupe sur la cuisini&#232;re. Il ouvrait des conserves. Il les mettait &#224; chauffer au bain-marie dans une casserole d'eau et mangeait directement comme &#231;a. Il ne faisait plus son lit. Enfin, il n'avait jamais fait son lit, mais il n'y avait plus personne pour le faire &#224; sa place. Quatre ans qu'il &#233;tait plus ou moins clodo, en somme. Sa premi&#232;re lessive avait &#233;t&#233; un cauchemar. Rouge de honte, il avait d&#251; chercher le mode d'emploi du lave-linge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jardin, &#233;videmment, &#233;tait rest&#233; en l'&#233;tat. Les li&#232;vres et les chevreuils se servaient, les herbes folles poussaient. M&#234;me les fr&#234;nes avaient eu le temps de prosp&#233;rer. Croyez-le si vous voulez, il avait surv&#233;cu pendant ces quatre ans en mangeant des fruits et l&#233;gumes de son propre jardin. &#199;a produisait tellement, il y avait tellement de r&#233;serves, qu'ils vivaient en quasi-autarcie. C'est qu'elle avait la main verte, sa bonne femme ! Elle &#233;changeait m&#234;me du surplus contre des cuissots de sanglier, des canards, des oies, des gigots, aupr&#232;s des &#233;leveurs et des chasseurs du coin, au point qu'il lui avait fait une sc&#232;ne, la soup&#231;onnant d'&#233;changer ses cuissots &#224; elle. Elle s'&#233;tait vex&#233;e, lui avait balanc&#233; une louche &#224; potage &#224; la figure. Qu'est-ce que &#231;a pourrait bien te faire, avait-elle hurl&#233;, puisque tu ne me regardes plus ! Elle &#233;tait au-del&#224; du chagrin, elle pleurait de rage. Il avait compris qu'il avait fait vibrer une corde sensible. Son honneur, son amour-propre de femme honn&#234;te. Elle avait rench&#233;ri qu'elle se donnait du mal pour les faire vivre tous les deux. Qu'elle &#233;tait oblig&#233;e de veiller &#224; tout, de &#171; faire attention &#187; pendant que lui se laissait vivre sans se soucier de rien. Elle lui serrait les cordons de la bourse, mais pour son bien, parce que le jour o&#249; ils devraient &#171; se placer &#187;, &#231;a co&#251;terait cher, et que personne ne les aiderait. C'&#233;tait son angoisse, la perte d'autonomie. Elle vendait m&#234;me ses confitures sur le march&#233;. Elle s'&#233;tait mise &#224; faire son pain, cultivant son levain comme elle cultivait des courgettes ou des haricots verts. Il n'avait m&#234;me pas remarqu&#233; tout de suite qu'il ne mangeait plus celui de la boulangerie. Depuis qu'il en achetait de nouveau, il le trouvait fadasse, et dur comme la pierre au matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, le voisin &#233;tait venu lui proposer de lui acheter le jardin. Puisqu'il n'en faisait rien. Il avait bien senti l'insinuation. Alors il avait descendu le chemin, pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es. Il lui arrivait d'aider, de temps en temps, quand il y avait des travaux lourds, arracher les patates, remonter les potirons, une brouette de pommes. Dans la cabane, il avait r&#233;cup&#233;r&#233; des outils, du mat&#233;riel qu'il n'utiliserait probablement jamais mais qu'il ne voulait pas laisser au voisin. Et puis au fond, sous une tuile. Tr&#233;sor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait ressorti un costume trop petit pour monter &#224; Paris, avait pris le train et le m&#233;tro en s'imaginant que tout le monde regardait son allure de cul-terreux et sa lourde valise. Le numismate de la rue du Louvre avait siffl&#233; en voyant les louis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle a bien eu raison, votre dame, vous savez. L'or, on dira ce qu'on voudra, c'est d'un bon rapport. Les livrets, les placements des banquiers, &#231;a ne rapporte plus rien, les taux sont tellement bas. L'or et la pierre, il n'y a que &#231;a de vrai. Mais je ne vais pas pouvoir vous donner de l'esp&#232;ce pour tout &#231;a, il y a trop, d&#233;j&#224; je n'ai pas assez ici, et puis le fisc ne nous louperait pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toutes ces ann&#233;es, elle n'avait pas d&#233;pens&#233; un fifrelin, le jardin leur avait permis de vivre sans jamais tirer sur sa petite retraite, et elle avait pos&#233;ment, patiemment, pr&#233;par&#233; leurs vieux jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lui ne savait ni quoi dire ni quoi faire, debout dans ce cimeti&#232;re, les poches pleines de billets.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voyage voyage</title>
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		<dc:date>2022-05-02T21:03:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mix de deux nouvelles pour participer &#224; un concours.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Mix de deux nouvelles pour participer &#224; un concours.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pas de licence attribu&#233;e &#224; l'&#233;poque, alors disons qu'elle est en &lt;a href=&#034;https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/&#034;&gt;CC-BY-SA 4.0&lt;/a&gt; (Fr&#233;d&#233;ric Urbain)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Il y avait beaucoup de monde dans le r&#233;seau express r&#233;gional vers six heures du soir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle lit &#231;a par-dessus l'&#233;paule d'un type. La premi&#232;re phrase de son bouquin. Il para&#238;t que c'est important, la premi&#232;re phrase. D&#233;cisif. Elle trouve celle-l&#224; pas terrible. Elle entend distinctement un baladeur brailler un vieux tube des ann&#233;es quatre-vingts. &#171; Voyage, voyage, plus loin que la nuit et le jour, voyage, dans l'espace inou&#239; de l'amour &#187;&#8230; Pour &#234;tre bond&#233;, c'est bond&#233;, se dit-elle. Je vais ressortir de l&#224; toute froiss&#233;e toute d&#233;coiff&#233;e. Moi qui me suis mise sur mon trente et un pour ce rendez-vous. Un entretien d'embauche &#224; la con. Elles &#233;taient au moins vingt sur le coup. Impossible de savoir si elle avait plu au recruteur. Physiquement, &#231;a oui, pas de doute. Il avait reluqu&#233; ses genoux quand elle s'&#233;tait assise. Si &#231;a se trouve, le poste est pourvu depuis longtemps et ce salopard continue de faire venir des candidates pour regarder sous les jupes. Elle a des envies de gros mots. D'insulter le premier qui lui marchera sur les pieds. Mais c&#8216;est sans doute monnaie courante, ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sent la d&#233;prime monter. Ca ne me vaut rien, les transports en commun. Trop de temps pour r&#233;fl&#233;chir. Elle comprend le Lecteur qui s'accroche &#224; son livre, bien qu'il ait &#233;t&#233; oblig&#233; de se lever. Surtout, &#233;viter l'introspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'habitude, elle est une Conductrice. Elle s'enferme dans sa vieille Ford comme dans un cocon, met de la musique et se concentre sur sa route. Et elle ne pense surtout pas qu'elle a trente ans, un minuscule appartement qu'elle paye la peau des fesses, pas de boulot, un mec toujours en vadrouille, pas d'animal, peu d'amies, pas d'argent. Une Ford qui n'a pas d&#233;marr&#233; cet apr&#232;s-midi et qui l'a mise en retard pour ce job, qui de toute fa&#231;on ne l'int&#233;resse pas. Joli bilan. Le train s'arr&#234;te en station et elle a un moment de panique en voyant le monde sur le quai, de l'autre c&#244;t&#233; de la vitre. Les portes s'ouvrent sans douceur (d&#233;j&#224; une agression) et la foule s'engouffre. Elle se sent godiche, au milieu de ces habitu&#233;s, ne sait pas o&#249; se mettre, se fait pousser de droite et de gauche. Elle recule vers le coin et bouscule une &#233;coli&#232;re qu'elle n'avait pas vue. Une caricature de fillette. Jupette, collant de laine blanc, chandail, cartable, t&#226;ches de rousseur, petit b&#233;ret pench&#233; cr&#226;nement sur l'oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh, excuse-moi. Puis, plus fort : ne poussez pas, il y a une petite fille, l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fillette la regarde en soulevant un sourcil, semblant dire &#171; mais de quoi tu te m&#234;les, toi, la grande ? Tu crois que je fais comment, les autres jours, quand tu n'es pas l&#224; pour jouer les sauveuses ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conductrice se sent rougir. La m&#244;me est s&#251;rement sur cette ligne &#224; longueur d'ann&#233;e, serr&#233;e sans se plaindre, le nez &#224; hauteur d'aisselles. Qui sont les parents qui laissent une enfant de cet &#226;ge (quel &#226;ge, au fait ?) circuler seule dans Paris ? La Conductrice ignore tout des gal&#232;res de la maman qui travaille, des baby-sitters qui vous l&#226;chent du jour au lendemain, des frais de garde qui bouffent les deux tiers (les trois quarts ?) d'un salaire de secr&#233;taire, le reste &#233;tant englouti dans les trajets jusqu'&#224; la D&#233;fense, le repas du midi, le pressing des tailleurs et les collants fil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, la d&#233;prime s'installe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, son petit ami rentre ce soir. Il n'a pas appel&#233;, il n'appelle jamais, il se comporte toujours comme si leur histoire &#233;tait une passade. Il a sans doute peur que &#231;a devienne trop s&#233;rieux. Elle avait pr&#233;vu de l'attendre chez lui, puisqu'elle a enfin r&#233;ussi &#224; avoir ses cl&#233;s, de lui pr&#233;parer une d&#238;nette et d'&#234;tre c&#226;line, tr&#232;s c&#226;line. Mais surtout, surtout, ne pas lui sauter dessus, il d&#233;teste &#231;a. Avec cette histoire elle est &#224; la bourre et aura d&#233;j&#224; de la chance si elle arrive avant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle descend (s'extirpe) en m&#234;me temps que la petite fille et s'amuse &#224; la laisser passer devant. La m&#244;me conna&#238;t les couloirs comme sa poche, c'est d&#233;j&#224; une vraie petite parisienne, elle se faufile comme une anguille et attrape l'escalator avec une bonne longueur d'avance sur la foule. Elle ne se contente pas de se laisser monter mais escalade vaillamment les marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande la regarde partir, sans se soucier du gars qui s'est post&#233; deux marches derri&#232;re elle pour voir ses cuisses. Va, petite, va faire tes devoirs et surtout pr&#233;pare-toi un bel avenir. Pour moi, c'est sans doute d&#233;j&#224; foutu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Attention, attention. Le train en provenance de Strasbourg et &#224; destination de Paris entre en gare voie 3. &#201;loignez-vous de la bordure du quai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nancy, Nancy. 7 minutes d'arr&#234;t. correspondance pour Thionville... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Voyageur empoigne sa valise, s'approche de la porti&#232;re qui s'ouvre. Poliment, il laisse descendre. Puis grimpe prestement, comme par d&#233;fi, comme pour se prouver il ne sait quoi. Deuxi&#232;me classe, non fumeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pardon madame, est-ce que cette place est libre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle hoche la t&#234;te, ne daigne pas r&#233;pondre, l&#232;ve &#224; peine les yeux de son tricot, une brassi&#232;re bleue. Il imagine une s&#339;ur enceinte, un neveu qui s'annonce. Et si c'est une ni&#232;ce ? Le drame. Quoique, de nos jours, gr&#226;ce &#224; l'&#233;chographie, plus de surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il installe sa valise, sort le Monde, plie soigneusement son veston, s'assied. C'est parti pour trois heures. A quand le TGV-Est ? Il a fallu compter avec le tunnel sous la Manche, puis le TGV Atlantique, &#231;a fait des ann&#233;es qu'il l'attend, cette ligne vers l'est. Les priorit&#233;s changent. Au moment de d&#233;plier son journal, son regard parcourt la trav&#233;e d'en face. Elle a trente ans, une longue jupe raisonnablement fendue sur de belles jambes bronz&#233;es, des yeux noirs et profonds, un pli soucieux au front, un tee-shirt sagement d&#233;collet&#233; et pas de soutien-gorge. Pas plus obs&#233;d&#233; qu'un autre, mais c'est quelque chose qu'il remarque. Il aime les seins en libert&#233; et d&#233;teste ces bidules de haute technologie qu'on leur fait porter. Ainsi sangl&#233;es, il leur trouve des allures de chevaux, et il peste souvent contre ce &#171; harnachement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes du pli soucieux sont approximativement &#226;g&#233;es de deux et cinq ans, et respectivement occup&#233;es &#224; tenir en &#233;quilibre sur l'accoudoir central de la banquette et &#224; faire rouler une petite voiture avec force bruits de moteur, embrayage, crissements de pneus, d&#233;marreur capricieux m&#234;me. Un livre ouvert est pos&#233; en accent circonflexe &#224; c&#244;t&#233; d'elle mais on devine que sa lecture n'a pas d&#251; progresser beaucoup depuis le d&#233;part. Autour s'amoncellent p&#234;le-m&#234;le les blousons des Gar&#231;ons, un biberon de grenadine, un sac de billes, une barre chocolat&#233;e en voie de liqu&#233;faction, un mannequin de plastique en pleine guerre contre les viets, mieux &#233;quip&#233; et plus muscl&#233; que Stallone et Schwarzenegger r&#233;unis, un cabas renvers&#233; et quelques papiers d'emballages obsol&#232;tes. Le Voyageur attaque la premi&#232;re page du Monde en &#233;voquant des images d'exode en noir et blanc, &#233;tonn&#233; de ne pas apercevoir une bicyclette ou un matelas roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#224; peine eu le temps de constater avec une satisfaction un peu chauvine que le dollar a perdu 12 centimes qu'un cri fait soudain l&#226;cher une maille &#224; sa voisine. L'accoudoir central tendu au-dessus des chutes du Niagara vient d'&#234;tre secou&#233; par un vent de travers d&#251; &#224; un virage du train, et le funambule a &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233; vers une mort horrible dans les bras de sa m&#232;re, 200 m&#232;tres en contrebas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'all&#233;e, un drame se noue : la voiture a vicieusement profit&#233; de la diversion cr&#233;&#233;e pour tomber en rade, obligeant son courageux pilote &#224; terminer le Paris-Dakar &#224; pied et en zigzag &#224; cause du mouvement du train qui perturbe le fonctionnement de sa boussole. Heureusement, sa gourde est encore &#224; moiti&#233; pleine de potion magique &#224; la grenadine. Il aurait une chance d'y arriver s'il ne devait faire un large d&#233;tour pour &#233;viter le Contr&#244;leur qui &#233;merge du soufflet au bout de la salle fumeurs, prot&#233;g&#233; par un brouillard artificiel &#224; couper au couteau. Il s'avance, inexorable, titubant de la d&#233;marche caract&#233;ristique des envahisseurs. Le jeune aventurier contemple un moment l'arme inqui&#233;tante qui cliquette dans la main droite de l'extra-terrestre, comprend qu'il n'est pas pr&#234;t pour l'affrontement et op&#232;re un savant repli strat&#233;gique. Il bouscule ce faisant un V&#233;n&#233;rable qui sourit et lui tapote la t&#234;te d'un air indulgent avant de regagner sa place, retour des toilettes avec le sentiment du devoir accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Contr&#244;leur, enfin parvenu &#224; hauteur de la M&#232;re, prouve habilement son intelligence en demandant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce sont vos enfants, madame ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi elle r&#233;pond oui, mais qu'est-ce que tu voulais qu'elle y r&#233;pond&#238;t ? L'&#233;vidence ne fait pas de cadeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce le courant d'air qu'il produit en se tournant vers le lecteur du Monde, ou le virage qu'entame le train, ou simplement m&#234;me l'&#339;uvre du Malin, mais la petite voiture choisit ce moment-l&#224; pour choir de la table d&#233;pli&#233;e. Le Voyageur voit le Gar&#231;on se pencher, de plus en plus, au lieu de mettre pied &#224; terre, il entend la M&#232;re le mettre en garde, et le Contr&#244;leur s'interpose, masquant la sc&#232;ne, indiff&#233;rent au suspense de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tendant son billet, il per&#231;oit un bruit court et sec, choc d'un menton sur le sol du wagon, avec tout de m&#234;me un arri&#232;re-go&#251;t de poisseux, sugg&#233;rant des visions souvenirs. Le bruit des petits chats s'&#233;crasant sur le b&#233;ton de la cour, sans un cri, terminant d&#233;j&#224; leur pitoyable vie tout juste commenc&#233;e. Tout &#231;a parce qu'on ne pouvait pas les garder, c'est maman qui l'avait dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour les petits chats, c'est le silence qui a succ&#233;d&#233; &#224; la chute. Un silence de trois secondes, une &#233;ternit&#233;, trois secondes, pendant lesquelles le wagon non-fumeurs tout entier attend, retenant son souffle. Alors le cri vient, per&#231;ant, modul&#233;, puissant. On voudrait s'agripper les oreilles pour &#233;touffer sa progression, mais on sent que c'est inutile, comme Heywood Floyd face &#224; AMT-1 sur la Lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par bonheur, la M&#232;re est l&#224;. Elle console, elle berce, elle att&#233;nue l'ultrason et ram&#232;ne le calme. On dit de lui qu'il pr&#233;c&#232;de la temp&#234;te, en cinq lettres, commen&#231;ant par un C, se r&#233;cite le Voyageur. Le V&#233;n&#233;rable, &#233;mu, n'ose pas affronter le petit visage baign&#233; de larmes. La brassi&#232;re n'avance plus, la tension est trop forte, on devine de l'irr&#233;m&#233;diable dans cette interruption. Tout en marmonnant des sentences sur le m&#233;rite qu'il y a &#224; prendre la pilule, la future Tante tente de reprendre la situation en main. C'est alors que la ligne passe une large rivi&#232;re et les Gar&#231;ons se mettent &#224; la fen&#234;tre pour s'extasier en ch&#339;ur, et ce d'autant plus que, comble de bonheur, des vaches font consciencieusement leur travail de vaches en regardant passer le train depuis la berge. Le V&#233;n&#233;rable regarde sa femme, assise &#224; ses c&#244;t&#233;s, et le Voyageur comprend qu'il n'est pas le seul &#224; revivre certaines sc&#232;nes gr&#226;ce (ou &#224; cause de, dans son cas) aux ch&#233;rubins. Suit un concert de meuglements, plus ou moins r&#233;ussis, qui fait fondre la salle non-fumeurs, devenue plan&#232;te homog&#232;ne dans l'instant. L'exception est vaillamment constitu&#233;e par la Tante tricoteuse, bougonnant toujours mais couverte par les Gar&#231;ons qui en sont maintenant aux rugissements, un f&#233;roce couple de lions s'&#233;tant attaqu&#233; au troupeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train est d&#233;j&#224; au tunnel. Cela fait presque un an que le Voyageur le voit en travaux, ce tunnel. Il ne sait pas trop ce qu'on y fait, suppose un &#233;largissement. Le convoi ralentit et de loin en loin retentit une stridente sir&#232;ne, bient&#244;t imit&#233;e par les Gar&#231;ons qui se trouvaient justement &#224; court de bruitage, les lions repus s'&#233;tant endormis. Pour lors, la sir&#232;ne est beaucoup moins charmante que les meuglements et rugissements. Par voie de cons&#233;quence, la salle non-fumeurs est tout de suite moins approbatrice. Cette fois-ci, la M&#232;re a beau multiplier les appels au calme, les r&#233;volt&#233;s du Strasbourg-Paris campent sur leurs positions. Bien apr&#232;s la fin du bruit originel, les imitateurs s'en donnent encore &#224; c&#339;ur joie. Les regards courrouc&#233;s fusent. Le Voyageur, t&#233;m&#233;raire, entame la chronique de Pierre Georges. La pauvre brassi&#232;re se demande si elle verra sa deuxi&#232;me manche achev&#233;e, et entreprend d'ores et d&#233;j&#224; de s'habituer &#224; cette amputation pr&#233;natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les premi&#232;res maisons de la banlieue d&#233;filent de part et d'autre du train et la salle non-fumeurs voit avec un sensible soulagement le d&#233;nouement approcher. Les Gar&#231;ons ont renifl&#233; le changement d'atmosph&#232;re et s'agitent, eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivent Pantin, l'avion du Z&#233;nith, queue en l'air, la Cit&#233; des Sciences et de l'Industrie, la gare de l'Est. La brassi&#232;re g&#238;t d&#233;j&#224;, inachev&#233;e, dans un sac, le Monde est repli&#233;, la M&#232;re se bat avec la grenadine, les billes, les blousons, la voiture qu'il faut remorquer, les papiers d'emballage &#224; destination de la poubelle et le mannequin de plastique qui n&#233;cessite une tr&#232;s grande attention, ses munitions pouvant sauter &#224; la moindre secousse. Le train ralentit, des gens se l&#232;vent d&#233;j&#224;, le V&#233;n&#233;rable descend la valise sous le regard inquiet de sa femme, mais ses vert&#232;bres tiennent encore pour cette fois-ci. L'arr&#234;t est si doux que le Voyageur en est presque d&#233;&#231;u. Il s'&#233;tait pr&#233;par&#233; &#224; garder son &#233;quilibre et n'a pas eu &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La salle non-fumeurs pose enfin, avec une joie non feinte, le pied sur le quai et se dirige avec un bel ensemble vers la sortie, et chacun vers son destin. Un instant, le Voyageur essaie de voir qui attend qui, par curiosit&#233;, c'est un curieux. Sa propre vie le happe, le m&#233;tro, la tronche des usagers (dans sa t&#234;te, il les appelle &#171; les usag&#233;s &#187;). Il se rend compte qu'il ne doit pas &#234;tre bien gai non plus. Vaguement fatigu&#233;. Amorphe. Le train lui fait toujours cet effet-l&#224;. Il change &#224; Op&#233;ra. Dans la rue la valise est lourde &#224; son bras, il ne l&#232;ve m&#234;me pas la t&#234;te vers la fen&#234;tre. Il arrive devant sa porte, cherche ses clefs, sonne &#224; tout hasard. Il ne pr&#233;vient jamais de son arriv&#233;e, mais elle l'attendait. Elle est l&#224;, ne parvenant pas &#224; &#234;tre stricte dans un tailleur gris, soutien-gorge, m&#232;che en bataille ou savamment d&#233;coiff&#233;e, va savoir avec elle, yeux rieurs et petite bouche gourmande. Elle se retient de lui sauter dans les bras tout de suite, conna&#238;t le c&#233;r&#233;monial, le laisse entrer, d&#233;poser sa valise. Enfin, n'y tenant plus, elle l'embrasse. Le Voyageur qui ne voyage plus lui rend son baiser de mauvaise gr&#226;ce. Il ne s'habitue pas &#224; voir sa propre porte s'ouvrir sur son coup de sonnette. Alors, elle gaffe. Elle prend une voix douce et demande d'un air caprice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dis, tu me fais un b&#233;b&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ordinaire, il sait que &#231;a ne veut pas dire ce que &#231;a signifie. Mais aujourd'hui, l'image des Gar&#231;ons meuglant tombant hurlant lui repasse devant les yeux et il voit rouge. Il la pousse jusqu'au palier, referme la porte sur son air ahuri, s'adosse au vantail et respire un grand coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'a &#233;chapp&#233; belle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La place du mort</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Une courte histoire de mensonge.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une courte histoire de mensonge.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Arm&#233; d'un stylo rouge, le Voyageur corrigeait consciencieusement sa copie. Un toussotement lui fit lever la t&#234;te. La premi&#232;re chose qu'il vit de sa voisine fut son genou (il avait quasiment le nez dessus), et ce genou &#233;tait tr&#232;s agr&#233;able &#224; regarder. Il est si rare de trouver de beaux genoux. C'est souvent ce qui p&#232;che dans une silhouette f&#233;minine. La mode des jupes courtes encourage, h&#233;las, des jeunes femmes qui auraient pu &#234;tre d&#233;licieuses &#224; exhiber cette partie de leur anatomie, et tout le plaisir que l'on pourrait trouver &#224; les voir en est g&#226;ch&#233;. Il ex&#233;crait les rotules disgracieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ramassa fi&#233;vreusement toutes ses paperasses. Il dut reconna&#238;tre qu'il s'&#233;tait un peu &#233;tal&#233;, mais les tables sont si petites dans les trains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme avait d&#233;pos&#233; ses bagages au d&#233;part de la gare de Lyon, et avait fil&#233; imm&#233;diatement au bar. Il en avait sournoisement profit&#233; pour s'approprier tout l'espace vital disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se pencha en s'asseyant en face de lui, et murmura doucement : &lt;br /&gt;&#8212; Vous savez, j'ai lu tous vos livres.&lt;br /&gt;&#8212; Vraiment ? M&#234;me le tout dernier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'&#233;tonnait lui-m&#234;me. Lui, si empot&#233; d'habitude, avait r&#233;pondu du tac au tac, sans la moindre trace d'embarras, sans rougir ni bafouiller. M&#234;me le visage qu'il avait d&#233;couvert tout en lui parlant, extr&#234;mement s&#233;duisant, ne lui avait pas fait perdre ses moyens. La conversation s'engagea donc de fa&#231;on tout-&#224;-fait naturelle, et il ne virent pas le temps passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on annon&#231;a l'arriv&#233;e &#224; Lyon, elle lui demanda dans un souffle : &lt;br /&gt;&#8212; Quand repartez-vous ? &lt;br /&gt;&#8212; Ce soir... Th&#233;oriquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se rendit compte, au moment o&#249; il pronon&#231;ait le mot, de la grossi&#232;ret&#233; de son invite. Il ne se serait jamais cru capable de se comporter de la sorte. Elle lui donna l'adresse d'un petit restaurant pr&#232;s de Fourvi&#232;re, pour le soir m&#234;me. &#171; Je viendrai. &#187; affirma-t-il sans r&#233;fl&#233;chir. Il y pensa toute la journ&#233;e. Ils se rencontr&#232;rent devant la porte de l'auberge. Il faut dire qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; pass&#233; un quart d'heure avant et, se rendant compte qu'il &#233;tait le premier, n'&#233;tait pas entr&#233;. Il &#233;tait all&#233; r&#244;der dans les rues de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'install&#232;rent donc, et il ne fit aucun effort pour rendre sa conversation sp&#233;cialement int&#233;ressante. Il s'abstint simplement de lui raconter quels petits boulots il avait d&#251; faire pour payer ses &#233;tudes, et omit de lui infliger la liste de ses conqu&#234;tes. Comme dans le train, ils discut&#232;rent agr&#233;ablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se rendait compte qu'elle &#233;tait belle, et qu'elle s'&#233;tait pomponn&#233;e pour lui. Il en fut flatt&#233;. Elle se rappelait nettement quelle tenue il portait dans le train, et vit qu'il &#233;tait pass&#233; &#224; son h&#244;tel pour changer de chemise et de cravate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait renonc&#233; &#224; enlever l'ombre de barbe qui bleuissait son visage, de peur de se couper, ce qui e&#251;t &#233;t&#233; ridicule. Il avait frott&#233; ses chaussures avec un bout de papier toilette humide. Il s'&#233;tait bross&#233; les dents et avait inspect&#233; ses ongles. Il s'&#233;tait ensuite efforc&#233; de se convaincre qu'il ne se passerait peut-&#234;tre rien, qu'elle ne viendrait peut-&#234;tre m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son appartement, elle lui montra un rayonnage de sa biblioth&#232;que et murmura &#171; tu vois, ils sont tous l&#224; &#187; avant de s'&#233;clipser dans la salle de bain. &lt;br /&gt;&#171; Fais comme chez toi ! &#187; lui lan&#231;a-t-elle &#224; travers la porte. &lt;br /&gt;Il ne savait pas quand il avaient commenc&#233; &#224; se tutoyer, ni qui avait pris l'initiative. Il vit quatre livres du m&#234;me auteur pos&#233;s ensemble sur l'&#233;tag&#232;re. Il supposa qu'il s'agissait des siens. Il en prit un. Antoine Lecl&#232;re. Jamais entendu parler. Il regarda la photo au dos. La ressemblance, en effet, &#233;tait certaine. L'&#233;crivain n'&#233;tait pas son sosie parfait, mais l'aspect g&#233;n&#233;ral de son visage rendait la m&#234;me impression, et Il se douta, en voyant certains plis, qu'ils devaient bouger, sourire de la m&#234;me fa&#231;on. Il ouvrit le bouquin pour voir s'il &#233;tait d&#233;dicac&#233;, redoutant de devoir en signer un. &lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce que tu veux boire ? &lt;br /&gt;&#8212; Je n'ai jamais aim&#233; cette photo, sourit-il. &lt;br /&gt;Il ne se sentait pas g&#234;n&#233;, ni pris en faute. Il n'avait pas trembl&#233;, pas tressailli. Il n'avait m&#234;me pas sursaut&#233; quand elle avait surgi derri&#232;re lui et pos&#233; ses mains sur ses &#233;paules. Il ne songea pas &#224; ce qui se passerait si elle le d&#233;masquait maintenant. S'il lui prenait l'envie de comparer le clich&#233; &#224; l'original. S'il contredisait de fa&#231;on flagrante la notice biographique de la jaquette. &lt;br /&gt;
&#171; J'ai bu juste assez pour &#234;tre bien &#187;, dit-il en se retournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'embrassa comme &#224; Hollywood. Elle lui rendit son baiser. Ils pass&#232;rent une nuit formidable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Voyageur ne rata pas son train. Il &#233;tait m&#234;me arriv&#233; &#224; la Part-Dieu avec un bon quart d'heure d'avance. Les difficult&#233;s qu'il avait redout&#233;es n'avaient pas eu lieu. Elle ne lui avait pas pos&#233; de question, n'avait pas exig&#233; de le revoir, n'avait pas demande son num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone, ne lui avait pas fait de bruyante d&#233;claration. Elle n'avait pas demand&#233; &#171; comment c'&#233;tait &#187;, ni fait de commentaire. Elle l'avait gratifi&#233; d'un baiser gourmand et l'avait laiss&#233; partir. Il ne s'&#233;tait pas enfui comme un voleur. Il n'avait pas laiss&#233; tomber son portefeuille en prenant sa veste, et n'avait rien oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait fil&#233; &#224; son h&#244;tel pour r&#233;cup&#233;rer sa valise et avait feint de ne pas remarquer le sourire narquois de la r&#233;ceptionniste. Il avait demand&#233; une facture. Assis au bar, dans son train qui roulait vers Paris, il essayait de s'expliquer avec sa conscience. Il n'avait pas mal agi, avait juste profit&#233; d'une occasion que la Providence lui avait envoy&#233;e. La jeune femme avait pass&#233; la nuit avec son &#233;crivain pr&#233;f&#233;r&#233;, et il y avait peu de chance qu'elle f&#251;t un jour d&#233;tromp&#233;e. Cela resterait pour elle un souvenir un peu sp&#233;cial, une aventure excitante qu'elle raconterait &#224; ses copines, ou garderait pour son journal intime. Il avait r&#233;alis&#233; un de ses r&#234;ves, sans doute. Un fantasme, au moins. Il ne voyait pas ce qu'il y avait de mal &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mort d'Antoine Lecl&#232;re &#187;. Le titre, lu rapidement dans le journal de son voisin, s'imposa &#224; lui alors qu'il commen&#231;ait juste &#224; se ragaillardir. Il se pencha, tr&#232;s impoliment, pour lire la suite de la courte notice. &lt;br /&gt;&#171; Le corps du jeune &#233;crivain au destin prometteur a &#233;t&#233; d&#233;couvert hier soir par sa femme de m&#233;nage. Il aurait &#233;t&#233; foudroy&#233; par un accident cardiaque, et serait mort presque imm&#233;diatement, sans trouver la force d'appeler. Son &#339;uvre ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il retourna &#224; sa place en titubant, et le mouvement du train n'&#233;tait pas seul en cause. Il sortit machinalement le rapport qu'il devait terminer de corriger pour lundi sans faute, mais fut incapable de s'y mettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut l'un des premiers &#224; descendre du train, rentra directement chez lui et passa un long moment sous la douche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les fourmis</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Urbain</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'autre jour on a d&#233;couvert par hasard que la Tour Eiffel n'&#233;tait pas toujours aussi droite qu'elle en avait l'air. Elle penche au contraire assez souvent, &#224; droite comme &#224; gauche, vers l'avant comme vers l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un petit conte...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'autre jour on a d&#233;couvert par hasard que la Tour Eiffel n'&#233;tait pas toujours aussi droite qu'elle en avait l'air. Elle penche au contraire assez souvent, &#224; droite comme &#224; gauche, vers l'avant comme vers l'arri&#232;re. Attention ! Je vous vois d&#233;j&#224; hausser les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la Tour Eiffel ne danse pas le mambo. D'apr&#232;s ce que je sais, ce n'est certainement pas l'envie qui lui en manque, mais elle repr&#233;sente Paris et n'a pas le droit de se laisser aller &#224; de telles fantaisies ; cependant, on a pu constater, avec des instruments tr&#232;s pr&#233;cis et gr&#226;ce &#224; de tr&#232;s minutieux observateurs, que le sommet de la Tour Eiffel se d&#233;calait parfois de plusieurs centim&#232;tres dans un sens ou dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands savants de la plan&#232;te ont &#233;t&#233; interrog&#233;s pour expliquer ce myst&#232;re. Leurs r&#233;ponses peuvent se regrouper dans trois cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les uns nous font remarquer que la Tour n'est &#233;clair&#233;e que d'un c&#244;t&#233; &#224; la fois par le Soleil, le m&#233;tal dont elle est faite r&#233;agit donc &#224; la tr&#232;s petite diff&#233;rence de temp&#233;rature en devenant un peu &#8212; un tout petit peu &#8212; plus mou d'un c&#244;t&#233;. Le m&#233;tal c'est comme les gens, &#231;a se ramollit d&#232;s qu'il fait chaud. Bref, c'est normal et &#231;a n'est pas grave du tout. Les autres nous rappellent que la Tour Eiffel, m&#234;me si elle est pleine de trous, monte tr&#232;s haut dans le ciel et occupe beaucoup de place. Tout l&#224; haut, le vent vient la frapper, l'attraper, la secouer et cela doit bien la faire pencher un peu &#8212; oh ! un tout petit peu. C'est normal et &#231;a n'est pas tr&#232;s inqui&#233;tant, mais il vaudrait mieux rester &#224; distance les jours de temp&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troisi&#232;mes ne sont pas tr&#232;s polis et insistent sur l'&#226;ge de notre bonne Tour Eiffel, ainsi que sur son poids. Ces cuistres-l&#224; pr&#233;tendent que la vieille dame de fer, &#224; force d'appuyer sa carcasse sur ses millions de rivets, a d&#251; les user quelque peu &#8212; oh ! un tout petit, tout petit peu. Cela suffit toutefois &#224; donner un peu &#8212; un tout petit peu &#8212; de jeu &#224; l'ensemble et &#224; faire ballotter la Tour de ci de l&#224;. C'est peut-&#234;tre normal, mais c'est pr&#233;occupant et on doit surveiller cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le sentiment quant &#224; moi qu'ils se sont un peu &#8212; un tout petit peu &#8212; fourr&#233; le doigt dans l'&#339;il. Je vais vous le dire, moi, pourquoi la Tour Eiffel se balance toujours un peu &#8212; oh ! un tout petit peu. Si vous restiez debout aussi longtemps qu'elle, vous &#233;prouveriez aussi un furieux besoin de bouger, vous ne croyez pas ? Et encore plus si vous aviez quatre pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des visiteurs, tr&#232;s nombreux, qui viennent sur la Tour viennent voir Paris d'en haut, prennent l'ascenseur, font un clich&#233; et s'empresse d'aller dire &#8220;je suis mont&#233; sur la Tour Eiffel&#8221; ; heureusement, quelques visiteurs se d&#233;placent pour la Tour elle-m&#234;me. Ceux-l&#224; sont diff&#233;rents, ils montent doucement, par l'escalier, en regardant partout, ils essaient de tout voir et de tout garder dans leur t&#234;te pour pouvoir raconter &#224; leurs amis, d'autres po&#232;tes rest&#233;s au pays, les merveilles de la Tour. Toutes ces petites personnes qui montent par l'escalier en s'arr&#234;tant &#224; chaque palier, sont pour la vieille Tour comme des petits insectes qui la chatouillent un peu &#8212; un tout petit peu, mais les chatouilles c'est encore plus terrible quand c'est tout l&#233;ger, tout l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voil&#224;, l'explication : la Tour Eiffel se dandine parce qu'elle a des fourmis dans les jambes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, de temps &#224; autre, tout doucement, tr&#232;s doucement pour ne pas faire peur, par un mouvement brusque, &#224; ces voyageurs qui viennent juste pour elle, elle repose un peu &#8212; un tout petit peu &#8212; son grand corps sur l'un de ses pieds. Et puis quand ce pied-l&#224; s'engourdit, alors tout doucement, tout doucement, elle change de pied. Si vous n'&#234;tes pas encore all&#233;s rendre visite &#224; la Tour Eiffel, il ne faut surtout pas renoncer &#224; cette id&#233;e par peur de lui faire des chatouilles. Elle est tellement aim&#233;e, &#224; travers le monde entier, qu'elle ne peut &#234;tre que parfaitement heureuse. Elle adore recevoir ses visiteurs. C'est toujours avec joie qu'elle les accueille et, si vous tendez l'oreille en montant, vous l'entendrez peut-&#234;tre, elle le fait parfois, se chanter une chanson douce pour garder le rythme de son changement de jambe. Parfois aussi elle soupire, parce qu'elle regrette un peu &#8212; un tout petit peu &#8212; de ne pas pouvoir danser le mambo.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://des-nouvelles.mainate.fr/local/cache-vignettes/L450xH600/800x600-p1090134-c3660.jpg?1652493010' width='450' height='600' alt='La Tour Eiffel, en noir et blanc, vue d'en bas, occupe une grosse moiti&#233; droite de l'image, dans la partie gauche on voit les branches d'un arbre.' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Tour Eiffel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;CC-0 Fr&#233;d&#233;ric Urbain
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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